La température résultante, le thermomètre et le degré Missenard

26/03/2026

En 1933, André Missenard publie un article qui va changer la façon dont les ingénieurs mesurent le confort thermique : « Température effective d’une atmosphère. Généralisation température résultante d’un milieu ». Son idée est simple, mais révolutionnaire : le confort ne dépend pas seulement de la température de l’air, mais aussi de la chaleur émise par les murs, les sols et les objets qui nous entourent. Il appelle cette nouvelle mesure la température résultante (T_res), une moyenne entre la température de l’air et la température radiante des surfaces environnantes.

La température résultante : capter l’invisible

Imaginez une pièce chauffée à 20 °C. Un thermomètre mural affiche cette température, mais les occupants grelottent. Pourquoi ? Parce que les murs, mal isolés, sont froids. Le corps humain ne ressent pas seulement la chaleur de l’air : il échange aussi de l’énergie avec les surfaces qui l’entourent, par rayonnement. Missenard comprend que la sensation de confort dépend autant de la température des parois que de celle de l’air. Il propose donc une formule qui combine les deux :
T_res = (température de l’air + température radiante moyenne) / 2

Mais son génie ne s’arrête pas là. Il ne se contente pas de théoriser : il donne aux ingénieurs les moyens de mesurer cette température radiante sur le terrain, là où les outils existants échouaient.

Le thermomètre Missenard : du globe noir de laboratoire à l’outil de chantier

À l’époque, le seul instrument capable de mesurer l’effet combiné de l’air et du rayonnement est le thermomètre à globe noir, développé au Royaume-Uni par T.H. Vernon dans les années 1930. Cet appareil, une sphère creuse en cuivre peinte en noir, absorbe la chaleur radiante et atteint une température intermédiaire entre celle de l’air et celle des surfaces environnantes. Mais il présente deux défauts majeurs :

  • Il est lent : il faut attendre plusieurs minutes, voire une heure, pour obtenir une mesure stable.
  • Il est encombrant : conçu pour des études en laboratoire ou des environnements industriels, il est peu pratique pour un diagnostic rapide dans un appartement ou un bureau.

André Missenard, lui, a besoin d’un outil rapide, portable et précis, utilisable par des chauffagistes ou des inspecteurs sur le terrain. Il conçoit alors un thermomètre spécial, enfermé dans une petite coque noircie, dont les propriétés sont calculées pour réagir à la fois à la température de l’air et à la chaleur radiante. Contrairement au globe noir, cet instrument se stabilise en quelques minutes.  l’accompagne de courbes d’étalonnage et de tables de correction, permettant aux utilisateurs de lire directement la température résultante sans calculs complexes.

Pour la première fois, un ingénieur peut entrer dans une pièce, prendre une mesure en quelques instants, et comprendre pourquoi les occupants ont froid, même si le thermomètre affiche 20 °C. La solution devient évidente : isoler les murs, déplacer un radiateur, ou ajouter un panneau rayonnant pour rééquilibrer la température radiante.

Le degré Missenard (°M) : quand l’air et l’environnement se rencontrent

Missenard ne s’arrête pas à la température résultante. Il remarque que deux autres facteurs influencent fortement le confort : l’humidité de l’air et les courants d’air. Une pièce peut sembler froide non seulement à cause des murs, mais aussi parce que l’air est sec ou qu’un léger courant glacé circule près du sol.

Il développe alors une mesure encore plus complète : le degré Missenard (°M). Cet indice part de la température résultante (T_res) et y applique des corrections en fonction de l’humidité et de la vitesse de l’air.

Pour rendre cette mesure accessible, Missenard crée des nomogrammes – des graphiques ingénieux où l’on peut tracer des lignes entre la température de l’air, la température radiante, l’humidité et la vitesse de l’air, et lire directement le °M. Ces outils sont conçus pour être utilisés sur le chantier, avec un crayon et une règle, sans besoin de calculs savants ni de laboratoire.

L’héritage toujours vivant d’André Missenard

L’approche d’André Missenard a influencé en cascade les normes internationales : son nom s’est effacé au fil du temps, alors que ses idées sont devenues la base invisible des standards actuels :

  • Les chercheurs scandinaves ont repris ses concepts pour définir la température opérative, une notion clé en ingénierie du confort.
  • Poul Ole Fanger, dans les années 1970, a intégré ces variables dans son modèle PMV/PPD, aujourd’hui référence mondiale (normes ASHRAE et ISO).

En France, le COSTIC a perpétué l’enseignement du °M bien après l’adoption du PMV/PPD, notamment pour la rénovation des bâtiments anciens et les diagnostics de terrain. Jusqu’aux années 1990, les formations incluaient encore le thermomètre Missenard et ses nomogrammes, particulièrement utiles pour analyser les problèmes de confort dans les bâtiments mal isolés, où les pertes radiantes dominent.

À l’ère de la décarbonation, ses outils regagnent en pertinence :

  • Ils permettent d’identifier les sources d’inconfort (murs froids, courants d’air) et de prioriser les rénovations (isolation, systèmes radiants).
  • Ils aident à optimiser les systèmes basse température, réduisant la consommation d’énergie tout en garantissant le confort.
  • Leur simplicité — pas de logiciel complexe, juste des mesures directes et des calculs rapides — en fait des alliés précieux pour les professionnels.

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thermomètre Missenard

Remerciements au cabinet Baarch pour son hommage à André Missenard paru en août 2025

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